Je continue à avancer. Je parle, je travaille, je souris parfois. Pourtant, il m’arrive d’avoir l’impression que quelque chose en moi ne rejoint jamais complètement ce que je suis en train de vivre.
Si quelqu’un vous demandait ce qui ne va pas, vous auriez peut-être du mal à répondre.
Parce que tout semble presque normal.
Vous continuez à faire ce qu’il y a à faire.
Vous échangez avec les autres.
Vous prenez des décisions.
Vous accomplissez votre quotidien.
Et pourtant, il existe parfois cette sensation étrange, difficile à expliquer, comme un très léger décalage entre vous et votre propre vie.
Comme si quelque chose ne se reconnectait jamais tout à fait.
Vous êtes présent.
Mais pas complètement.
Vous vivez les événements.
Sans toujours avoir l’impression de les habiter.
Les journées passent.
Certaines sont agréables.
D’autres plus difficiles.
Vous ressentez des émotions.
Vous aimez encore certaines choses.
Vous savez qui vous êtes.
Et malgré cela, il arrive qu’une impression revienne.
Comme si votre présence intérieure restait légèrement en retrait.
Vous êtes avec vos proches.
Mais une partie de vous observe davantage qu’elle ne participe.
Vous êtes en vacances.
Et vous avez pourtant la sensation de ne jamais vraiment décrocher.
Vous vivez un beau moment.
Puis quelques heures plus tard, il semble déjà loin, comme s’il ne s’était jamais complètement inscrit en vous.
Cette impression n’est pas permanente.
Elle apparaît parfois sans prévenir.
Et c’est justement ce qui la rend si difficile à décrire.
Certaines personnes parlent d’un voile.
D’autres d’une impression d’être en pilote automatique.
D’autres encore disent :
« J’ai l’impression d’être là sans être vraiment dedans. »
Ce n’est pas une absence.
Ce n’est pas une perte d’identité.
Ce n’est pas non plus l’impression de ne plus rien ressentir.
C’est quelque chose de beaucoup plus discret.
Comme si votre esprit, votre corps et ce que vous vivez ne se retrouvaient jamais exactement au même endroit, au même moment.
Quelques centimètres seulement.
Mais suffisamment pour que cette sensation finisse par peser.
Parce qu’elle donne parfois l’impression de traverser sa propre existence sans pouvoir l’habiter pleinement.
Avec le temps, beaucoup apprennent à vivre ainsi.
Ils cessent d’y prêter attention.
Ils pensent que tout le monde ressent probablement la même chose.
Alors ils continuent.
Ils avancent.
Ils travaillent.
Ils prennent soin des autres.
Ils organisent leur vie.
Mais cette légère distance reste là.
Silencieuse.
Et souvent, c’est seulement lorsqu’elle disparaît par instants que l’on réalise combien elle était devenue familière.
Il existe parfois un moment où l’on n’a plus envie de simplement continuer.
Pas parce que tout va mal.
Mais parce que l’on pressent qu’il est possible de vivre autrement.
Plus présent.
Plus relié à soi.
Plus engagé dans ce qui se passe ici et maintenant.
Retrouver cette présence ne consiste pas à devenir quelqu’un d’autre.
Il s’agit plutôt de retrouver la sensation d’être réellement là lorsque l’on parle.
Lorsque l’on choisit.
Lorsque l’on aime.
Lorsque l’on traverse un moment important.
Comme si, peu à peu, la vie cessait d’être observée pour redevenir pleinement vécue.
Peut-être demande-t-il simplement un espace où il puisse enfin être entendu.
Parce que certaines expériences intérieures ne cherchent pas d’abord des réponses.
Elles cherchent quelqu’un capable d’en reconnaître l’existence.
Et parfois, c’est déjà le début d’un mouvement.
Chaque accompagnement commence par un premier temps d’échange, dans un cadre confidentiel, respectueux de votre rythme et de votre singularité.
Chaque personne traverse les difficultés à sa manière.
Vous vous reconnaîtrez peut-être davantage dans une autre façon d’éprouver votre monde intérieur.
texte
Lorsque je rencontre des personnes qui traversent cette expérience, je suis souvent frappée par une même chose. Elles pensent parfois qu’elles devraient simplement réussir à « revenir » à elles-mêmes, comme si cela dépendait d’un effort supplémentaire. Pourtant, je ne les ai jamais perçues comme des personnes absentes à elles-mêmes. J’ai plutôt la sensation qu’une partie d’elles attend depuis longtemps d’être rejointe avec suffisamment de délicatesse pour ne plus avoir à rester en retrait d’elle.
C’est ce regard-là que j’essaie d’offrir à chaque rencontre.
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