Je n'ose pas exprimer ce que je ressens

Certaines personnes souffrent de ne pas s’exprimer et ne le montrent jamais.

Elles savent ce qui les traverse. Elles savent parfois même mettre des mots sur leurs blessures. Mais au moment où quelque chose pourrait enfin sortir, tout se referme.

Comme si pleurer était dangereux.

Comme si se laisser toucher était risqué.

Comme si, depuis longtemps, une partie d’elles avait appris qu’il valait mieux contenir, maîtriser, tenir.

Alors elles continuent à avancer. Elles fonctionnent. Elles s’adaptent. Elles prennent soin des autres. Elles donnent l’impression d’aller bien.

Mais à l’intérieur, quelque chose attend.

Quelque chose qui n’a jamais vraiment trouvé sa place.

Si je laisse sortir, que pourrait il émerger ?

Ce n’est pas forcément une peur consciente.

C’est parfois une sensation plus discrète, plus ancienne.

La peur d’être submergé.

La peur de déranger.

La peur de perdre le contrôle.

La peur d’être jugé.

Ou encore cette impression étrange qu’il faut rester fort, même quand personne ne l’exige réellement.

Alors vous gardez.

Vous gardez depuis si longtemps que cela est devenu naturel.

Vous retenez vos larmes.

Vous minimisez votre douleur.

Vous repoussez à plus tard ce qui mériterait pourtant d’être entendu.

Et parfois, vous ne savez même plus ce que vous empêchez de sortir.

Ce qui se joue ne manque pas de volonté. C'est une protection.

Lorsque certaines émotions n’ont pas pu être accueillies, comprises ou partagées au moment où elles sont apparues, il est fréquent qu’une partie de soi apprenne à les contenir.

Parfois depuis l’enfance.

Parfois à travers des épreuves traversées seul.

Parfois parce qu’il fallait continuer malgré tout.

Ce que beaucoup prennent pour de la froideur, de la distance ou une incapacité à ressentir est souvent une immense intelligence de survie.

Vous ne bloquez pas vos émotions contre vous.

Vous les avez peut-être retenues pour continuer à vivre.

Et cette protection, qui a longtemps été précieuse, peut devenir aujourd’hui épuisante.

Vous avez peut-être appris à être raisonnable avant d'être écouté

Peut-être avez-vous appris qu’il fallait être sage.

Ne pas faire de vagues.

Ne pas inquiéter.

Ne pas déranger.

Ne pas montrer.

Alors vous avez développé d’autres qualités.

La réflexion.

L’adaptation.

L’humour.

Le contrôle.

La capacité à prendre sur vous.

Et avec le temps, vous êtes devenu quelqu’un de solide.

Mais derrière cette solidité, il y a parfois une fatigue immense.

Parce qu’à force de protéger tout le monde, personne n’a réellement pris soin de ce qui se passait en vous.

Comprendre ne suffit pas toujours à se laisser ressentir

Vous avez peut-être déjà lu des livres.

Vous avez compris beaucoup de choses sur vous.

Vous savez d’où viennent certaines blessures.

Vous êtes lucide.

Et pourtant, quelque chose ne se transforme pas.

Parce qu’il existe une différence profonde entre comprendre une émotion et pouvoir lui donner une place.

Entre savoir et ressentir.

Entre analyser et traverser.

Certaines expériences ne demandent pas davantage d’explications.

Elles demandent un espace suffisamment sécurisant pour que ce qui est retenu depuis longtemps puisse enfin être approché, à son rythme.

Sans forcer.

Sans se brusquer.

Sans avoir à tout raconter.

Il n'est pas nécessaire de tout faire sortir d'un coup

Contrairement à ce que beaucoup imaginent, accueillir ce qui est là ne consiste pas à ouvrir brutalement les vannes.

Il ne s’agit pas de revivre les blessures.

Ni de perdre le contrôle.

Ni de tout dire.

Il s’agit plutôt de retrouver progressivement un lien avec soi.

De laisser émerger ce qui est prêt à être entendu.

De respecter les protections qui ont permis de tenir.

Et d’avancer avec délicatesse.

Car ce qui a été enfermé pendant des années n’a pas besoin d’être forcé.

Il a besoin d’être rencontré.

Peut-être êtes-vous simplement fatigué de devoir tout contenir

Vous n’avez peut-être jamais été quelqu’un qui s’effondre.

Vous avez toujours trouvé les ressources pour continuer.

Mais continuer n’est pas toujours vivre pleinement.

Et parfois, la souffrance ne se manifeste pas par des crises.

Elle se manifeste par une lassitude silencieuse.

Une sensation d’être coupé de soi.

Une difficulté à se sentir véritablement vivant.

Une impression que quelque chose reste suspendu depuis longtemps.

Si vous vous reconnaissez dans ces mots, c’est peut-être qu’une partie de vous n’a plus envie de lutter seule.

Et qu’elle cherche simplement un endroit où elle n’aura plus besoin de retenir.

Douce confiance

Un premier échange permet souvent de comprendre ce qui se joue, sans obligation et sans avoir à tout savoir à l’avance.

Vous vous reconnaissez seulement en partie ?

Peut-être que ce que vous vivez prend une autre forme.

Certaines personnes ont surtout la sensation de tout garder à l’intérieur.

D’autres ont l’impression de se couper de leurs émotions, de tourner en boucle ou de ne plus savoir qui elles sont vraiment.

Chaque histoire possède sa manière singulière de se protéger.

Avec le temps, j’ai appris à voir cette retenue autrement. Je n’y vois pas une résistance, ni quelque chose qu’il faudrait briser. J’y vois souvent une fidélité silencieuse à ce qui a permis de tenir jusqu’ici. Et je crois qu’avant de chercher à faire sortir les émotions, il est parfois plus important de leur offrir un espace où elles n’ont plus besoin de se cacher. C’est ainsi qu’ensuite, vous pourrez oser dire, parler et vous exprimer.