Vous savez expliquer beaucoup de choses. Vous avez peut-être déjà lu, compris, réfléchi. Pourtant, lorsqu’il s’agit de vous, quelque chose reste flou. Comme si vos émotions étaient devenues silencieuses, lointaines, ou difficiles à reconnaître.
Vous cherchez ce que vous ressentez et rien ne vient clairement. Vous pourriez dire que tout va « plutôt bien », ou au contraire que quelque chose ne va pas, sans réussir à mettre des mots dessus.
On vous demande comment vous allez, et vous répondez automatiquement. Vous continuez d’avancer, vous assumez vos responsabilités, vous êtes présent pour les autres. Mais lorsque vous essayez de revenir vers vous-même, vous rencontrez surtout du flou.
Comme si une partie de vous était devenue difficile d’accès.
Et cela peut être profondément déroutant.
Ne plus savoir ce que l’on ressent ne signifie pas que l’on ne ressent rien.
Bien souvent, les émotions sont toujours là. Elles sont simplement devenues difficiles à entendre.
Chez certaines personnes, cela s’installe progressivement. Après des années à tenir, à s’adapter, à faire passer les autres avant soi, ou à traverser des périodes où il fallait surtout continuer malgré tout.
Alors, sans même s’en rendre compte, quelque chose se met à fonctionner autrement.
On apprend à réfléchir avant de ressentir.
À comprendre avant d’écouter.
À gérer avant d’habiter vraiment ce qui se passe à l’intérieur.
Et un jour, une question apparaît :
« Mais au fond… qu’est-ce que je ressens vraiment ? »
Vous savez analyser ce que vous vivez, mais vous avez du mal à savoir ce que cela vous fait.
Vous répondez souvent « je ne sais pas » lorsqu’on vous demande ce que vous ressentez.
Il vous arrive de pleurer sans comprendre pourquoi, ou au contraire de ne plus réussir à pleurer du tout.
Vous pouvez vous sentir vide, absent, déconnecté, sans que cela ressemble forcément à de la tristesse.
Vous avez parfois l’impression de jouer votre rôle, d’être présent physiquement, mais sans vraiment vous sentir relié à vous-même.
Vous ressentez beaucoup de choses… mais comme derrière une vitre.
Et cela peut être épuisant.
Certaines personnes se reprochent de ne pas savoir ce qu’elles ressentent.
Elles se disent qu’elles devraient savoir, qu’elles devraient être capables d’expliquer, de mettre des mots, d’y voir plus clair.
Pourtant, ce brouillard intérieur n’est pas une faiblesse.
C’est souvent une manière qu’a trouvée votre psychisme pour continuer à avancer lorsque certaines expériences, certains conflits ou certaines émotions n’ont pas trouvé suffisamment d’espace pour être accueillis.
Il ne s’agit pas de forcer.
Il ne s’agit pas non plus d’apprendre une liste d’émotions.
Il s’agit plutôt de retrouver, peu à peu, un chemin vers soi.
Sans violence.
Sans injonction.
Sans devoir tout comprendre immédiatement.
Parler n’est pas toujours suffisant.
Certaines choses ont besoin d’être approchées autrement.
Parfois, les mots arrivent après.
Parfois, ils émergent à partir d’une image, d’une sensation, d’une couleur, d’un silence, d’une association inattendue.
Mon approche ne consiste pas à vous dire ce que vous ressentez.
Elle vise plutôt à créer un espace suffisamment sûr et suffisamment fin pour que quelque chose puisse se remettre à exister, à votre rythme.
Il ne s’agit pas d’aller vite.
Il s’agit de retrouver progressivement un lien plus vivant avec vous-même.
Lorsque tout semble flou, on peut croire qu’il n’y a plus rien.
Mais derrière ce brouillard se trouvent souvent des mouvements très présents, parfois anciens, parfois subtils, qui demandent seulement à être rencontrés avec délicatesse.
Il n’est pas nécessaire d’arriver avec des réponses.
Vous n’avez pas besoin de savoir précisément ce qui ne va pas.
Parfois, commencer par dire :
« Je ne sais plus ce que je ressens »
est déjà une manière de ne plus rester seul avec cela.
Vous n’avez pas besoin d’avoir tout compris.
Vous n’avez pas besoin de savoir exactement ce que vous cherchez.
Nous pouvons simplement partir de ce qui est là, même lorsque cela paraît flou.
Chaque personne vit ce qu’elle traverse d’une manière singulière. Peut-être qu’une autre formulation correspond davantage à votre expérience.
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Derrière ce flou ou cette difficulté à se sentir vivant, je rencontre rarement une absence.
Je rencontre surtout beaucoup de retenue, de fatigue, et parfois, une grande solitude face à quelque chose qui ne trouve plus facilement son chemin vers les mots.
Je suis toujours sensible à la confiance que représente le fait de venir dire :
« Je ne sais plus ce que je ressens. »
Je sais combien cette phrase peut sembler simple, alors qu’elle demande souvent beaucoup de courage.
Je ne ressens pas cela comme un vide à remplir ou comme quelque chose qu’il faudrait rapidement comprendre.
Au contraire.
J’ai souvent le sentiment d’être auprès de quelqu’un qui continue à chercher, même lorsqu’il a l’impression d’avoir perdu le contact avec lui-même.
Quelqu’un qui, malgré la confusion, continue à être là.
Et cette part-là, je la trouve profondément humaine.
Je crois qu’il n’est pas nécessaire d’arriver avec les bons mots.
Je ne cherche pas à faire parler ce qui ne peut pas encore se dire.
Je considère qu’oser être là, avec ce qui est présent, même lorsque cela reste difficile à nommer est grand.
J’éprouve beaucoup de respect pour cela.
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